NAPOLÉON, VERTIÈRES ET L’HÉRITAGE DE LA RÉVOLUTION HAÏTIENNE
Le Code Noir et l’approbation de l’Église : la bénédiction de l’inhumanité.
Avant d’en arriver à cette déroute, il est crucial de rappeler que le système esclavagiste sur lequel reposait une grande partie de la richesse coloniale française avait été légitimé par des institutions puissantes. Promulgué en 1685 sous Louis XIV, le Code Noir était un ensemble de lois organisant l’esclavage dans les colonies françaises. Ce texte, qui régulait la vie des esclaves noirs, les réduisait à des biens meubles, sans droits ni dignité, tout en organisant les conditions de leur exploitation.

Mais le Code Noir n’était pas seulement un instrument juridique. Il avait aussi une dimension religieuse. L’Église catholique, et plus largement le Vatican, accordèrent une bénédiction tacite, et parfois explicite à l’esclavage. Sous prétexte d’évangélisation, le système esclavagiste était présenté comme une œuvre civilisatrice.
Les prêtres bénissaient les navires négriers et l’Église fermait les yeux sur l’exploitation inhumaine de millions d’êtres humains, noirs comme blancs (les engagés ou “blancs à 36 mois”) blanmannan. Ce feu vert institutionnel donna une légitimité morale à un système profondément injuste et inhumain.

Napoléon Bonaparte et l’Empire français : un conquérant invincible?
À la fin du XVIIIe siècle, Napoléon Bonaparte, empereur de France, imposait son autorité sur une grande partie de l’Europe. La France, devenue un empire puissant, établit des lois et des réformes qui remodelèrent les royaumes soumis, tels que l’Italie, l’Espagne, la Prusse et la Confédération du Rhin . Ces territoires fournissaient soldats et ressources pour renforcer l’armée napoléonienne et ses campagnes militaires.
Napoléon n’a jamais connu de défaite militaire majeure en Europe ou ailleurs, selon les historiens français du XIXe et du XXe siècle. Dans l’histoire de France, la défaite de Napoléon la plus retenue et emblématique est celle de la bataille de Waterloo, qui a eu lieu le 18 juin 1815.
Pourtant, Napoléon affronta une coalition composée des forces britanniques, prussiennes et néerlandaises, dirigées principalement par le duc de Wellington (pour les Britanniques) et le maréchal Blücher (pour les Prussiens). Cette alliance écrasa l’armée française, malgré les talents militaires de Napoléon, toujours selon
les historiens français.

Bien que Waterloo (1815) soit la plus célèbre, Napoléon avait également subi d’autres revers notables, comme la campagne de Russie (1812), où son armée fut décimée par l’hiver et la tactique de la terre brûlée des Russes (Inventée par l’armée en Indigène d’Haïti), ou encore la bataille de Leipzig (1813), connue sous le nom de “bataille des Nations”, où Napoléon fut défait par une large coalition européenne.
La leçon de Jean Jacques Dessalines à Napoléon Bonaparte et ses alliés Européens avant les Russes.
Cependant, (9) neuf ans avant les Russes, en 1803, l’armée indigène d’Haïti, sous le commandement du général Jean-Jacques Dessalines, avait terrassé l’armée impériale de Napoléon sur toute l’île d’Hispaniola.
Les soldats français et alliés crièrent “Pitié et donnez-nous la chance de vivre, laissez-nous retourner en Europe, pitié etc…”, face aux fureurs des “Va-nu-pieds” sur les champs de bataille, assoiffés de liberté et de justice, qui “koupe tèt boule kay” attaquèrent impitoyablement ces soldats en uniforme Française. Ironiquement, ces derniers, Français en particulier les avaient infligé par la force un esclavage inhumain et impitoyable pendant environ 300 ans d’abus et d’injustices les plus abjectes de toute l’histoire du monde.

Qui étaient les “Va-nu-pieds de 1803”?
Les “Va-nu-pieds de 1803” n’étaient pas une armée européenne bien équipée ni une force militaire professionnelle comme l’OTAN ou de l’ancien Pacte de Varsovie. Ce terme désignait les soldats de l’Armée Indigène d’Haïti, dirigée par Jean-Jacques Dessalines, composée de Noirs libres, d’anciens esclaves et de mulâtres. Ces hommes et femmes, souvent démunis et sans équipement militaire sophistiqué, se battaient pieds nus, vêtus de haillons, armés de fusils rudimentaires, de machettes, de lambis, de piques (frenn), de simples bâtons et des armes culturellement indigéno-haïtiennes.

Malgré ces conditions précaires, ces “va-nu-pieds” portaient une détermination inébranlable : celle de se libérer de l’oppression coloniale, d’abolir l’esclavage et de conquérir leur liberté, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs descendants et le reste du monde.
Vertières d’Haïti : l’humiliation de Napoléon.
Le 18 novembre 1803, à Vertières, ces “Va-nu-pieds” infligèrent une défaite écrasante aux troupes françaises, pourtant composées de soldats aguerris provenant des royaumes européens soumis à Napoléon. Sous le commandement de Jean-Jacques Dessalines, les Grenadiers de l’Armée indigène repoussèrent les assauts répétés des forces françaises dirigées par le général Rochambeau.

Le général Jean-Jacques Dessalines, après avoir vaincu Napoléon Bonaparte, accorda à ceux qui n’étaient pas tombés pendant la guerre la chance de repartir dignement vers l’Europe dans un délai de 48 heures, tout en reconnaissant leur défaite militaire sur le champ de bataille. Cependant, moins de 5 % de leur effectif initial retournèrent vivants et sans munitions militaires en France.
En raison de cette honte historique — puisque ce sont des “Va-nu-pieds”, esclaves noirs d’Haïti, qui réalisèrent cet exploit en les vainquant — les Français ont délibérément occulté cette partie de leur histoire. Cette leçon de dignité humaine fut infligée à ces pays qui, aujourd’hui, font partie de l’Union européenne ou du Core Group / Pays amis d’Haïti, et en particulier à la France Napoléonienne, par Jean-Jacques Dessalines le Grand, le Premier des Haïtiens.
Cette victoire de Dessalines signa ainsi la fin de l’expédition napoléonienne dans les Amériques. Loin des triomphes de Napoléon en Europe, ce fut une déroute totale pour ses troupes. En quelques années seulement, une population réduite en esclavage avait défié et vaincu l’un des plus grands empires de l’époque.
Une humiliation mémorable
Pour Napoléon Bonaparte, la défaite de Vertières allait bien au-delà d’un simple revers militaire. Elle constitua une humiliation totale sur plusieurs fronts : politique, économique et idéologique .
1. Politique : Cette défaite anéantit définitivement les ambitions françaises de reconstruire un empire colonial dans les Amériques. Après l’échec de l’expédition de Saint-Domingue, Napoléon dut renoncer à son projet de domination dans l’hémisphère occidental, laissant le champ libre à d’autres puissances européennes et aux États-Unis pour y asseoir leur influence.
2. Économique : Haïti, surnommée la “perle des Antilles”, était l’une des colonies les plus rentables au monde, grâce à son économie basée sur l’exploitation des plantations de sucre, de café et de coton. La perte de cette colonie fut un coup dévastateur pour l’économie française, privant la métropole d’une source majeure de revenus qui soutenait le Trésor impérial.
3. Idéologique : Cette défaite brisa le mythe de la supériorité européenne en démontrant que des hommes et des femmes asservis, considérés comme de simples biens meubles et déshumanisés par le système esclavagiste, pouvaient non seulement se révolter, mais aussi vaincre une puissance militaire de premier ordre. À travers leur courage, leur organisation, leur détermination et leur résilience, les anciens esclaves menés par Jean-Jacques Dessalines prouvèrent qu’il était possible de renverser un ordre mondial basé sur l’oppression raciale et coloniale. Cette victoire résonna comme un cri de liberté, inspirant d’autres mouvements abolitionnistes et indépendants à travers le monde.

Enfin, les conséquences géopolitiques de cette défaite furent immédiates. Incapable de maintenir un pied solide dans les Amériques après l’échec de l’expédition de Saint-Domingue, Napoléon se résigna à vendre le territoire de la Louisiane aux États-Unis en 1804. Ce geste marqua la fin des ambitions françaises sur le continent américain et affaiblit davantage l’influence de la France au-delà de l’Europe.
Ainsi, la bataille de Vertières ne fut pas seulement une victoire pour Haïti, mais aussi un moment charnière dans l’histoire mondiale, ébranlant les bases du colonialisme européen et redéfinissant les luttes pour la liberté et l’égalité.
L’ironie de l’Histoire
L’humiliation de Napoléon par les “Va-nu-pieds de 1803” reste l’une des plus grandes ironies de l’Histoire. Ces soldats, méprisés pour leur condition et leur apparence, infligèrent un revers décisif à l’empire français, prouvant que la victoire ne réside pas uniquement dans la force militaire, mais aussi dans la justice d’une cause et la volonté indomptable de la défendre.

Cependant, plus de deux siècles après cet exploit historique, Haïti continue de subir l’ingérence des puissances étrangères, souvent en dehors de toutes normes et lois internationales. Alors qu’en 1803 les Haïtiens luttaient pour briser les chaînes de l’oppression, aujourd’hui, ils se battent contre de nouvelles formes de domination, masquées sous des prétextes d’assistance humanitaire, de stabilisation ou de sécurité.
Ces puissances étrangères, autoproclamées “amis d’Haïti”, interviennent directement dans les affaires internes du pays, dictant les choix politiques, économiques et sociaux sans respecter la souveraineté nationale. Ces ingérences se traduisent par des décisions imposées au mépris de la volonté du peuple haïtien, rappelant tristement que la victoire de 1803 n’a pas suffi à protéger Haïti des ambitions impérialistes déguisées.
En battant Napoléon, les “Va-nu-pieds” haïtiens ne se contentèrent pas de conquérir leur liberté : ils donnèrent au monde une leçon intemporelle sur la dignité humaine, la justice et la puissance de la révolte contre l’oppression. Aujourd’hui, cette leçon semble avoir été ignorée par ceux qui, sous le couvert de l’aide internationale, participent à l’asphyxie économique et politique d’Haïti, exploitant ses ressources et fragilisant ses institutions.
Pourtant, l’esprit de 1803 reste vivant. Le courage et la résilience du peuple haïtien témoignent d’une volonté de se libérer non seulement des chaînes visibles, mais aussi des nouvelles formes de domination imposées par des puissances étrangères qui continuent de bafouer le droit international.
L’humiliation historique infligée à Napoléon par les “Va-nu-pieds” doit inspirer une nouvelle lutte :
celle pour une souveraineté véritable, où les décisions politiques et économiques d’Haïti sont guidées par et pour les Haïtiens eux-mêmes. Comme en 1803, il s’agit de réaffirmer que la dignité et la justice d’une nation ne peuvent être achetées, ni compromises.

Une onde de choc mondiale
L’abolition de l’esclavage par Haïti en 1804 provoqua un véritable séisme politique et moral à l’échelle mondiale. En libérant les Noirs asservis, Haïti ne se contenta pas de renverser l’ordre colonial esclavagiste, mais mit également un terme à l’exploitation des Blancs pauvres – connus sous le nom d’engagés, blancmannan ou “blancs à 36 mois” – dans les colonies. Cette double révolution sociale, qui abolissait toutes les formes d’exploitation humaine, bouleversa les fondements des sociétés européennes, où l’idée de Blancs réduits à une forme de servitude restait un sujet tabou
.
L’impact de cette décision se fit particulièrement sentir en Allemagne, en Grèce, en Belgique, et dans certaines régions de l’Europe de l’Est, où des populations blanches souffraient encore d’oppressions sociales et économiques extrêmes.
Haïti, par son exemple, représentait une menace idéologique : un État né d’une révolte des opprimés démontrait qu’il était possible de démanteler toutes les hiérarchies fondées sur l’injustice sociale et raciale.
Haïti d’hier à aujourd’hui : une continuité d’exploitation.
Pourtant, deux siècles plus tard, ce modèle révolutionnaire qui défiait les puissances coloniales semble avoir été étouffé sous le poids de l’ingérence internationale, de la corruption interne et des luttes de pouvoir orchestrées par des intérêts étrangers. Haïti, autrefois symbole de liberté et de justice, est aujourd’hui plongée dans une crise socio-politique et humanitaire sans précédent.
L’absence d’un État réel se manifeste par :
1. L’insécurité généralisée : Les gangs armés contrôlent de larges portions du territoire, notamment à Port-au-Prince et dans ses environs. Les actes de kidnapping, de pillage, de meurtre et de viol sont monnaie courante, transformant la vie quotidienne en un cauchemar pour des millions de citoyens.
2. Le déplacement massif des populations : Face à la violence, des milliers de familles fuient leurs quartiers, cherchant refuge dans des camps de fortune ou dans les zones rurales, exacerbant une crise humanitaire déjà critique.
3. L’effondrement des institutions étatiques : Les structures gouvernementales, en grande partie dysfonctionnelles, ne parviennent pas à garantir la sécurité, à fournir des services de base, ni à établir un dialogue politique inclusif pour résoudre les conflits internes.
La mainmise occidentale sur Haïti
Cette situation chaotique est aggravée par l’ingérence continue de certaines puissances étrangères, notamment celles regroupées sous le Core Group (États-Unis, France, Canada, Union européenne, entre autres) . Sous le prétexte de “stabilisation”, ces acteurs internationaux dictent les orientations politiques et économiques du pays, souvent en contradiction avec les aspirations du peuple haïtien.
Plutôt que de renforcer la souveraineté nationale, leurs interventions contribuent à maintenir Haïti dans une position de dépendance. Des décisions clés, comme le choix des dirigeants, l’organisation des élections ou la gestion des ressources, sont prises à l’extérieur, au mépris des normes internationales et des droits fondamentaux des citoyens haïtiens.
Un pays pris en otage par une élite locale et internationale
Cette mainmise étrangère s’appuie sur un clan local privilégié, composé d’une élite économique et politique qui, pour préserver ses intérêts, collabore activement avec ces puissances. Ensemble, ils exploitent les ressources du pays, aggravant les inégalités sociales et marginalisant davantage la majorité de la population.
Reprendre l’esprit de 1804 : une urgence pour Haïti
Haïti a déjà prouvé, en 1804, qu’une nation opprimée pouvait se relever contre l’exploitation et imposer un nouveau paradigme. Aujourd’hui, il est urgent de retrouver cet esprit révolutionnaire pour :
• Rétablir un État fonctionnel, capable de garantir la sécurité et les droits fondamentaux de sa population.
• Rejeter l’ingérence étrangère qui maintient le pays dans un état de dépendance et de chaos.
• Construire un système politique inclusif, axé sur les besoins réels de la population, loin des intérêts d’une minorité privilégiée.
• Réinvestir dans les secteurs stratégiques tels que l’éducation, l’agriculture, la santé et la justice, pour restaurer la dignité et l’autonomie de la nation.

Haïti a marqué l’Histoire en se levant contre l’injustice. Il est temps que le peuple haïtien et sa diaspora, en s’unissant, reprennent les rênes de leur destin pour affronter non seulement les défis internes, mais aussi l’exploitation moderne déguisée sous le masque de l’aide internationale. Ce combat pour une souveraineté véritable reste l’héritage vivant des “Va-nu-pieds” de 1803.
Haïti : un phare pour la liberté et la justice
En fondant l’État d’Haïti, Jean-Jacques Dessalines et ses compagnons d’armes firent bien plus que créer une nation souveraine. Ils établirent un principe fondamental : la liberté, la dignité et la justice sont des droits inaliénables pour tous les êtres humains.
Haïti devint ainsi le symbole universel de la lutte contre l’oppression. Son exemple inspira les mouvements abolitionnistes en Europe et en Amérique et posa les bases des valeurs modernes de justice, d’égalité et de droits de l’homme. Les idéaux de la révolution haïtienne résonnent encore aujourd’hui dans les combats pour les droits des femmes, des minorités et même des animaux.
Une leçon pour l’humanité
En mettant fin à l’esclavage dans le monde et en défiant les puissances coloniales, Haïti a montré au monde que l’humanité peut triompher de l’inhumanité.
Ce petit État insulaire a ouvert la voie à une grande civilisation fondée sur la liberté et la justice. Ironie de l’Histoire, les anciens royaumes soumis à Napoléon – tels que l’Italie, la Belgique, l’Allemagne ou les Pays-Bas – se retrouvent aujourd’hui unis au sein de l’Union européenne. Si cette union reflète l’héritage d’une Europe centralisée par Napoléon, elle incarne également des valeurs universelles de justice et de liberté, en partie héritées de la révolution haïtienne.

Haïti, lumière de l’humanité, nous rappelle que la lutte pour un monde plus juste et équitable est un devoir intemporel.
JB Baudelaire Dubic
Radio Horizon 2000
Port-au-Prince, Haïti.-
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18 Novembre 2024.-
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